Retour Bencic Svitolina

Belinda Bencic et Elina Svitolina entrent dans l’histoire de la WTA : comment des mères reviennent dans le Top 10

Belinda Bencic et Elina Svitolina ont franchi en février 2026 une étape encore jamais atteinte dans l’histoire du classement WTA : deux mères figuraient simultanément dans le Top 10 mondial en simple. Bencic avait déjà retrouvé l’élite en janvier après une remontée exceptionnellement rapide à la suite de la naissance de sa fille Bella, tandis que Svitolina l’a rejointe après avoir atteint les demi-finales de l’Open d’Australie. Leurs parcours ont pourtant été très différents. La Suissesse a reconstruit son classement à une vitesse remarquable après son retour à la compétition fin 2024, alors que la progression de Svitolina s’est étalée sur plusieurs saisons après la naissance de sa fille Skaï en octobre 2022. Leur réussite raconte donc une histoire plus large que celle du classement. Elle montre comment des joueuses de très haut niveau peuvent reconstruire leur carrière après un accouchement, à quel point les rythmes de récupération peuvent différer et comment l’évolution des règles de la WTA ainsi que le soutien à la maternité permettent davantage de concilier parentalité et tennis professionnel.

Le cap historique du Top 10 qui a marqué la WTA en 2026

Ce moment historique est officiellement intervenu le 2 février 2026. Bencic occupait alors la 9e place mondiale et Svitolina est montée au 10e rang après l’Open d’Australie, faisant d’elles les premières mères à apparaître simultanément dans le Top 10 du classement WTA en simple. Bencic avait retrouvé le Top 10 quelques semaines plus tôt, le 12 janvier, après le parcours de la Suisse jusqu’en finale de la United Cup. Svitolina a ensuite complété ce duo historique grâce à sa demi-finale à Melbourne. Lors de son parcours à l’Open d’Australie, elle a notamment battu Mirra Andreeva et Coco Gauff avant qu’Aryna Sabalenka ne mette fin à sa série de dix victoires consécutives en demi-finale. Il s’agissait de la quatrième demi-finale de Grand Chelem de Svitolina et de sa deuxième depuis qu’elle est devenue mère.

Cette distinction est importante, car voir une mère atteindre les plus hauts niveaux du tennis féminin n’était pas inédit. Avant Bencic et Svitolina, Margaret Court, Evonne Goolagong Cawley, Kim Clijsters et Serena Williams avaient toutes figuré dans le Top 10 après être devenues mères. Bencic et Svitolina sont ainsi devenues les cinquième et sixième joueuses à réussir cet exploit durant l’ère du classement reconnue par la WTA. En revanche, deux mères n’avaient encore jamais occupé simultanément une place dans le Top 10. C’est cette particularité qui a transformé deux histoires individuelles de retour à la compétition en un moment plus largement significatif pour le tennis féminin.

Aucune des deux joueuses n’a simplement retrouvé le Top 10 grâce à une protection liée à la maternité. Les règles de classement spécial de la WTA peuvent aider les joueuses éligibles à intégrer certains tournois après une longue absence, mais elles n’accordent pas les points nécessaires pour occuper une place actuelle dans le Top 10. Ces points doivent toujours être obtenus grâce aux résultats en compétition. Cette distinction est essentielle pour comprendre la portée des deux retours. Une entrée protégée peut supprimer un obstacle au début d’une reprise, mais il faut ensuite accumuler des mois de victoires face aux meilleures joueuses du moment pour reconstruire un classement normal permettant d’intégrer les dix premières mondiales.

La position de Bencic et Svitolina plus tard dans la saison 2026

Le record établi en février correspond à un moment précis de la saison et ne signifie pas que les deux joueuses sont restées dans le Top 10 pendant toute l’année 2026. Au 6 octobre, Svitolina occupait la 7e place mondiale, tandis que Bencic se trouvait au 12e rang. Cette évolution ne réduit en rien la portée de ce qui s’est produit en février ; elle illustre simplement le fonctionnement normal d’un classement extrêmement compétitif. Les points sont gagnés et défendus tout au long de l’année, et quelques différences de résultats dans les grands tournois peuvent faire gagner ou perdre plusieurs places. Dans le cas de Svitolina, les mois suivant son retour dans le Top 10 ont entraîné une nouvelle progression. Pour Bencic, la saison a été solide, mais elle a rapporté moins de points que l’exceptionnelle remontée observée lors de sa première année complète après son retour.

La saison 2026 de Svitolina a confirmé que sa performance à l’Open d’Australie n’était pas un résultat isolé. Elle a commencé l’année en remportant le tournoi d’Auckland avant d’atteindre les demi-finales à Melbourne. Elle s’est ensuite qualifiée pour sa première finale de WTA 1000 en huit ans à Dubaï. En mai, elle est allée encore plus loin à Rome, où elle a battu Elena Rybakina, Iga Swiatek et Coco Gauff sur la route de son troisième titre dans ce tournoi. Il s’agissait de son premier succès à Rome depuis 2018 et d’un autre résultat majeur dans cette nouvelle phase de sa carrière. Son classement est ensuite monté jusqu’à la 7e place mondiale au cours de la saison.

Les résultats de Bencic en 2026 ont été moins spectaculaires que ceux de sa saison de retour en 2025, mais elle est restée proche du Top 10. Son classement a atteint la 9e place en février et elle occupait encore le 12e rang au début du mois d’octobre. Elle a atteint les huitièmes de finale à Roland-Garros et à Wimbledon, ainsi que les quarts de finale du tournoi WTA 1000 de Toronto, où elle a déclaré forfait avant d’affronter Coco Gauff. Ces résultats lui ont permis de rester parmi les meilleures joueuses malgré la difficulté de défendre les nombreux points accumulés en 2025. Sa situation apporte également une perspective utile : atteindre le Top 10 après un accouchement représente un immense défi, mais y rester exige la même régularité semaine après semaine que celle demandée à toutes les autres joueuses de l’élite.

Comment Belinda Bencic a reconstruit sa carrière après la naissance de Bella

Le retour de Bencic s’est développé à une vitesse inhabituelle. Elle avait disputé son dernier tournoi avant son congé maternité à San Diego en septembre 2023 et a donné naissance à sa fille Bella le 23 avril 2024. Plutôt que de reprendre immédiatement un calendrier complet sur le circuit WTA, elle a choisi une progression graduelle. Sa première apparition en compétition a eu lieu lors du tournoi ITF W75 de Hambourg à la fin du mois d’octobre 2024, plus d’un an après son précédent match professionnel. Elle a également représenté la Suisse face à la Serbie lors des barrages de la Billie Jean King Cup en novembre. À ce moment-là, l’objectif immédiat n’était pas encore le Top 10. Bencic évaluait surtout son niveau de jeu, sa condition physique et les contraintes pratiques liées aux déplacements sur les tournois avec un jeune enfant.

L’ampleur de sa progression est devenue évidente au cours de la saison 2025. Bencic a commencé le mois de janvier au 421e rang mondial et terminé l’année à la 11e place. Elle a remporté deux titres WTA 500, d’abord à Abou Dhabi puis à Tokyo, tout en réalisant le meilleur résultat de sa carrière à Wimbledon avec une qualification pour les demi-finales. Elle avait déjà atteint les demi-finales de l’US Open et remporté le titre olympique en simple, ce qui signifie que les qualités nécessaires pour rivaliser à ce niveau étaient déjà établies. L’incertitude concernait plutôt la vitesse à laquelle elle pourrait les retrouver après une grossesse, un accouchement et plus d’une année sans compétition régulière. À la fin de 2025, la réponse était devenue très claire.

La dernière étape de son retour dans le Top 10 est arrivée au début de l’année 2026. Bencic a été l’une des principales forces de l’équipe suisse lors de la United Cup, remportant ses cinq matches de simple alors que la Suisse atteignait pour la première fois la finale de la compétition. Elle a également gagné quatre de ses cinq matches de double. Ces performances lui ont permis de passer de la 11e à la 10e place mondiale le 12 janvier, marquant son premier retour dans le Top 10 depuis mars 2023. Environ quinze mois auparavant seulement, elle avait repris la compétition sans classement actuel. La rapidité de cette progression rend son parcours particulièrement remarquable, même parmi les retours réussis après une maternité.

Un retour construit étape par étape plutôt qu’une reprise immédiate

Un élément important du parcours de Bencic a été sa décision de reprendre la compétition en dessous du plus haut niveau du circuit WTA. Jouer à Hambourg en octobre 2024 lui a permis de retrouver des matches officiels sans devoir immédiatement organiser toute une saison autour des plus grands tournois. Elle a expliqué par la suite que ces premières compétitions l’avaient aidée à évaluer à la fois son tennis et les aspects pratiques des déplacements avec Bella. Cette approche reflète une réalité importante du retour après un accouchement : être médicalement prête à reprendre l’entraînement, être physiquement capable de disputer des matches et être préparée au rythme hebdomadaire du tennis professionnel ne correspondent pas nécessairement à la même étape de récupération.

Le système de classement spécial a facilité l’accès de Bencic à certains tournois après son absence, mais elle a malgré tout dû reconstruire son classement actuel grâce à ses résultats. Sa progression en 2025 montre à quelle vitesse cela peut se produire lorsqu’une joueuse atteint régulièrement les derniers tours. Ses titres à Abou Dhabi et Tokyo lui ont rapporté un nombre important de points, tandis que sa demi-finale à Wimbledon a représenté l’un des plus gros apports de sa saison. En terminant l’année au 11e rang mondial, elle n’avait plus besoin de son absence pour expliquer sa position. Ses résultats suffisaient à nouveau à la placer parmi les meilleures joueuses du tennis mondial.

Son style de jeu lui a également fourni une base familière sur laquelle reconstruire son tennis. Bencic s’appuie depuis longtemps sur la qualité de son timing, une prise de balle précoce et sa capacité à rediriger la puissance de ses adversaires plutôt que de chercher à gagner chaque point uniquement par la force. Ces qualités n’ont évidemment pas supprimé le travail physique nécessaire après une grossesse, mais elles lui ont donné une identité de jeu déjà bien établie lors de son retour. Le défi le plus difficile consistait à retrouver le rythme des matches, les déplacements, l’endurance et la confiance face à des joueuses qui avaient continué à disputer des tournois pendant son absence. Sa progression depuis une position hors classement jusqu’au Top 10 en un peu plus d’un an montre avec quelle efficacité toutes ces composantes ont été réunies.

Retour Bencic Svitolina

Elina Svitolina a suivi un chemin plus long pour revenir dans le Top 10

Le retour de Svitolina s’est déroulé selon un calendrier différent. Elle a donné naissance à Skaï en octobre 2022 et est revenue sur le circuit WTA à Charleston en avril 2023, après avoir disputé son dernier tournoi en mars 2022. Ses premiers mois ont montré à quel point un classement obtenu au début d’un retour peut donner une image trompeuse du niveau réel d’une joueuse. Lorsqu’elle est arrivée à Strasbourg en mai 2023, Svitolina occupait la 508e place mondiale. Elle a pourtant remporté le tournoi en battant Anna Blinkova en finale, décrochant ainsi le 17e titre WTA en simple de sa carrière et son premier depuis qu’elle était devenue mère. Ce résultat a immédiatement montré que son classement reflétait avant tout une longue absence et non le niveau de tennis qu’elle était encore capable de produire.

Sa progression s’est poursuivie dans les plus grands tournois. Svitolina a atteint les quarts de finale de Roland-Garros et les demi-finales de Wimbledon en 2023, avec notamment une victoire à Londres contre Iga Swiatek, alors numéro 1 mondiale. Elle a terminé cette saison à la 25e place mondiale, puis l’année 2024 au 23e rang. En 2025, elle a remporté le tournoi WTA 250 de Rouen sans perdre un seul set et s’est rapprochée du groupe de tête, atteignant la 13e place mondiale au meilleur de la saison avant de terminer l’année au 14e rang. Contrairement à la remontée extrêmement rapide de Bencic, le retour de Svitolina dans le Top 10 s’est construit sur plusieurs saisons de résultats réguliers.

La percée définitive est arrivée au cours du premier mois de 2026. Svitolina a remporté le titre à Auckland et a prolongé cette excellente dynamique à l’Open d’Australie, où ses victoires contre Andreeva et Gauff l’ont conduite jusqu’en demi-finale. Lors de la mise à jour du classement le 2 février, elle est passée de la 12e à la 10e place mondiale, retrouvant le Top 10 pour la première fois depuis octobre 2021. Sa saison s’est encore améliorée au printemps. Une finale à Dubaï puis son titre à Rome l’ont aidée à atteindre la 7e place mondiale, qu’elle occupait toujours au début du mois d’octobre. Elle ne s’était donc pas contentée de retrouver son niveau d’avant la maternité : elle était redevenue une prétendante sérieuse dans les plus grands tournois au début de la trentaine.

Pourquoi leur retour dans le Top 10 dépasse leurs deux carrières individuelles

Bencic et Svitolina ont également évolué dans un environnement WTA qui a progressivement renforcé le soutien apporté aux joueuses souhaitant fonder une famille. Le système de classement spécial peut protéger l’accès à certains tournois après une grossesse et une longue absence, donnant ainsi aux joueuses le temps nécessaire pour reconstruire leur carrière sans devoir systématiquement repartir depuis les niveaux d’entrée les plus bas. Mais ce dispositif ne garantit ni les victoires ni une position permanente au classement. Bencic et Svitolina ont toujours dû gagner les points qui leur ont permis d’intégrer le Top 10. Leurs résultats montrent donc ce que les règles liées à la maternité peuvent réellement apporter : réduire certains désavantages structurels provoqués par une longue absence tout en laissant les performances sportives déterminer la réussite de la joueuse.

Le soutien a encore été renforcé en 2025 avec l’introduction du PIF WTA Maternity Fund Program. Les joueuses éligibles peuvent bénéficier d’un congé maternité rémunéré pouvant atteindre 12 mois, tandis que le programme familial plus large prévoit également une aide liée à la fertilité et un accompagnement dans le domaine de la santé. Plus de 320 joueuses étaient éligibles aux prestations lors du lancement du fonds de maternité. Pour les joueuses les mieux classées, l’aide financière ne représente qu’une partie de l’équation, mais ces mesures peuvent avoir une importance beaucoup plus grande pour celles qui se trouvent plus bas dans le classement, où une longue période sans primes de tournoi peut rendre le financement d’un retour considérablement plus difficile.

Le record établi en février 2026 doit donc être considéré à la fois comme une réussite sportive et comme un signe de l’évolution des carrières dans le tennis féminin. Court, Goolagong Cawley, Clijsters et Williams avaient déjà démontré que maternité et présence dans le Top 10 pouvaient être compatibles, mais Bencic et Svitolina ont été les premières à occuper cet espace simultanément. Leurs calendriers très différents sont tout aussi instructifs. Bencic a eu besoin d’environ quinze mois entre son premier tournoi de retour et sa réintégration du Top 10, tandis que Svitolina a mis presque trois ans après sa reprise de la compétition. Il n’existe pas de modèle unique pour réussir un retour après un accouchement. La récupération, l’organisation familiale, la santé, l’âge, la forme sportive et les résultats varient pour chaque joueuse. Ce que l’année 2026 a démontré, c’est que devenir mère ne signifie plus nécessairement renoncer à une véritable possibilité de revenir au plus haut niveau du classement WTA.